D’un collectif à l’autre

« Je
m’appelle Carmen Torrès. Je suis infirmière en psychiatrie.
J’aime beaucoup mon métier. Je travaillais depuis deux ans dans
une petite unité, reliée à un hôpital de province.

Cet
après-midi, j’ai donné ma démission.
 

Y’a
pas de travail dans le coin, j’ai peur de ne pas en retrouver d’ici
longtemps, mais j’ai quand même donné ma démission.

Il
le fallait.
 »
1

Lorsqu’en
juin 2016, Madeleine Esther nous a lu sa pièce, J’ai
retrouvé mon grand-père dans un hôpital psychiatrique
,nous
étions en plein cœur du Centre Hospitalier de Montperrin, à
Aix-en-Provence, dans une salle de formation continue assez
impersonnelle. Notre lieu de réunion mensuelle. Nous étions une
dizaine de membres de l’association Serpsy (Soin études et
recherche en psychiatrie), tous soignants. Un grand silence a succédé
à sa lecture. Le D.J. était une cigale. Il était vingt heures. La
réunion durerait encore trois heures.

« Il
le fallait.
 »

Qu’est-ce
qui peut bien inciter une infirmière à démissionner ? Une
infirmière investie. Une infirmière qui a une haute idée du soin
et de la relation avec les patients.

Démissionner ?
Au sein du collectif rassemblé, on trouve des infirmières, des
psychologues, des cadres et cadres-supérieurs, une éducatrice
spécialisée, des arts-thérapeutes, des enseignants d’IFSI. Ils
viennent de toute la région PACA : Edouard Toulouse, Valvert,
Montperrin, Montfavet, Pierrefeu et même de Laragne situé à une
heure trente d’Aix-en-Provence. Démissionner ? On y trouve
des retraités, une prof d’université, des humanitaires, des
psychothérapeutes, des superviseurs d’équipes. Tous viennent en
plus de leur travail, à leur frais. Pas un n’accepterait de
défraiement. Ils ont en commun la clinique et une certaine idée du
soin. Démissionner ? Certains se réfèrent à la
psychothérapie institutionnelle qui survit de plus en plus
difficilement dans leur établissement, d’autres se reconnaissent
dans les théories de Lacan, d’autres se définissent comme des
groupalistes. Certains ont les mains dans le soin, se battant au
quotidien contre les isolements et contentions, d’autres, plus à
distance accompagnent les élaborations cliniques de leurs collègues,
d’autres encore participent à la formation initiale et continue.
Démissionner ? Quelque chose, à cet endroit-là, ne passe pas.

Les
plus anciens ont vu les soins se dégrader, ils ont assisté à la
réapparition des contentions utilisés maintenant en routine, en
dernier recours organisationnel. Ils passent de plus en plus de
temps sur l’ordinateur à cocher des croix en temps réel, ils
rencontrent de moins en moins les patients. Les effectifs des C.M.P.
et des C.A.T.T.P. se réduisent comme des peaux de chagrin. Il est
même question d’en fermer certains l’été. Ils résistent. Ils
persistent à militer pour un soin qui prenne en compte la
singularité de chacun. Ils se fracassent contre les normes, les
protocoles, les parapluies ouverts pour supprimer tout risques
médico-létaux. L’initiative et la surprise sont proscrites.

Démissionner ?
La tentation se fait chaque jour plus insistante. L’un des quatre
fondateurs de l’association a démissionné. Le harcèlement de son
administration a eu raison de sa motivation. Co-animateur du groupe
de recherche en soins, il a alterné les missions humanitaires en
Palestine et ses responsabilités de clinicien. Il est devenu
restaurateur puis éditeur en continuant à garder un œil sur le
soin. Le groupe parisien a abandonné la clinique pour la lutte
syndicale et politique. Ils sont aujourd’hui au sommet de la
Fédération Santé.

Démissionner ?

« Il
le fallait
. »

La
pièce écrite par Madeleine Esther est une tragédie à l’échelle
du quotidien. Elle concerne chacun, bien au-delà de l’hôpital
psychiatrique et même des lieux de soin. Chacun de nous est
confronté à la perte de sens qui sévit dans nos lieux de travail,
chacun se sent amoindri car réduit à la non-place de variable
d’ajustement.

Démissionner ?

Nous
avons décidé d’incarner les personnages de la pièce. Ils nous
ressemblaient trop. Nous aimerions tant être des héros qui
résistent envers et contre tout à cette lente désagrégation de
notre part d’humanité, nous ne sommes hélas que nous-mêmes. Nous
avons décidé de jouer la pièce lors de notre journée de février
2017.

« Il
le fallait
. »

On
ne sait jamais

Le
rideau s’ouvre sur la relève des équipes de nuit et de jour. Nous
sommes dans la salle de soin. Il est sept heures du matin. Deux
infirmières (Dorothée et Carmen) et trois aides-soignantes
(Sigunga, Mélissa et Isabelle) échangent autour de l’arrivée
nocturne de M. Fuentes, un patient espagnol délirant, amené par les
flics. Il ne parle pas français. Il n’a aucun papier. Il ne porte
qu’un survêtement à même la peau, sans slip, ni chaussettes.
L’équipe de nuit a profité de la présence des policiers pour
l’attacher. Il n’était pas agité mais on ne sait jamais.

Carmen
explose : « Pourquoi
ne sont-ils pas passés par les Urgences ? C’est la procédure.
Les flics n’ont pas le droit d’entrer à l’hôpital. On n’a
rien à faire avec eux. Ils le savent d’ailleurs. Sauf à notre
demande.
 »

Ses
collègues sont dans leurs petits souliers. Sigunga, l’aide-soignante
de nuit réplique :

« Commence
pas ! Le moindre truc et tu montes sur tes grands chevaux. C’est
pas si grave après tout. Et puis ça nous rassure. Ils étaient
trois policiers avec le patient, et nous la nuit on n’est que deux.
Deux femmes en plus. Le costume de flic ça en impose. D’ailleurs
il s’est laissé faire.
 »

Le
protocole prévoit une prise de sang.

Carmen
décide de la reporter au lendemain. C’est dimanche, il n’y a pas
d’urgence :

« Je
suis là demain matin. Je n’ai pas envie de piquer quelqu’un de
délirant que je ne connais pas et qui ne sait pas qui je suis, dans
une chambre d’isolement.

[…]
Vaut mieux attendre de faire connaissance.
 »

Sigunga
réplique en miroir :

« Mais
il ne parle pas français. Tu te compliques la vie, tu sais. Attaché
c’est plus facile.

-Tu
trouves. Ce n’est pas mon avis. Je baragouine quelques mots
d’espagnol. S’il parle je pourrais comprendre. Il faut d’abord
faire connaissance. Qu’il accepte la prise de sang, je lui
expliquerai pourquoi on lui fait.
 »

Carmen,
âgée de cinquante ans, fait fonction de porte-idéal. Elle ne s’y
prend pas toujours très bien. Elle agace souvent ses collègues qui
respectent néanmoins ses compétences. Dans cette première scène,
elle apparaît un peu péremptoire. Dorothée, sa collègue
infirmière, ne lui répond jamais directement et laisse Sigunga lui
répliquer.

Malgré
ces différences de point de vue sur le soin, l’équipe s’entend
bien. C’est une bonne équipe dit Carmen qui n’y sent pas de
mauvais esprit. Sigunga fournit ses collègues en parfum et
fanfreluches bon marché. Autour d’une clope, Isabelle,
l’aide-soignante, évoque sa vie personnelle et le départ de son
mari après trente ans de vie commune. Elle revient ensuite à la
vie du service :

« Tu
sais ici on n’a pas toujours travaillé comme ça. C’est depuis
l’ouverture du nouveau bâtiment. Il y a deux ans.


C’était comment avant ?


Peux pas te dire. On avait plaisir à travailler. C’était plus
ouvert. Moins de patients aussi. Une petite unité, et une petite
équipe. Avec ces portes fermées, tout a changé. On se sent un peu
isolé aussi.
 »

La
pièce raconte le parcours de M. Fuentes sans que jamais il
n’apparaisse sur scène. Il en va de même pour les médecins et le
directeur de l’hôpital. On en parle. Leurs décisions s’imposent
mais on ne les voit pas. C’est le choix de la narratrice. Nous
sommes à hauteur d’équipe. Il ne manque à la distribution que
Nathalie, le cadre, et Laurent, l’ASH, seul homme sur scène.

« C’est
un hôpital ici ! »

M.
Fuentes ne demande jamais rien. Les soignants ont un peu tendance à
l’oublier. Il est sorti assez vite de la chambre d’isolement.
Carmen parle régulièrement avec lui. En espagnol. Huit mois se sont
écoulés. Il faut le faire sortir. Nathalie, le cadre, résume la
situation à Laurent : « Il
coûte trop cher. Il n’a pas de sécu, et on n’arrive pas à
trouver une solution avec l’ambassade
Ça
fait huit mois qu’il est là. Tu calcules ce que ça fait à 450
euros par jour ? Et c’est l’hosto qui paie. Le directeur m’a
appelée. Il faut que je trouve une solution.
 »
Cent huit mille euros c’est une somme, c’est un argument de
poids. Laurent argumente : « On
parlait de le rapatrier. Qu’il retourne dans son pays. Avec des
gens qui parlent sa langue au moins. C’est pas loin l’Espagne.
Une heure pour Séville. Y’en a qui font l’aller-retour pour un
week-end. C’est pas loin. 
»
Nathalie s’agace : « Il
ne veut pas. Il dit qu’il ne veut pas.
 »
Laurent insiste : « Oui,
mais on ne sait pas vraiment en vrai ce qu’il ne veut pas. C’est
peut-être autre chose qu’il dit quand il dit qu’il ne veut pas.
… Je dis ça moi. Je ne sais pas.
 »
Laurent, ancien patron boucher, ne s’en laisse pas compter. « Le
directeur est catégorique. La note est trop élevée. Il faut
arrêter l’hémorragie.
 »
Ses arguments cliniques sont balayés. « C’est
tout simple
,
poursuit le cadre. On
va ouvrir les portes et le laisser partir.
 »
Laurent s’esclaffe : « En
janvier, quand vous avez voulu le faire sortir la première fois, les
infirmières ont refusé. Il faisait moins dix dehors le matin en
pleine campagne.
 »
Nathalie est inébranlable : « Il
fait doux en ce moment. On lui préparera un sac. Avec des
sandwichs.
 »

« Mais
il n’a pas un sou !
 »

« Tu
veux le prendre chez toi ? Lui donner cent euros peut-être ?

Cette fois-ci Nathalie s’énerve : « 
Il s’est débrouillé pour venir jusqu’ici, il trouvera bien les
moyens pour aller où il veut.

[…] On
ne va pas le garder juste parce qu’il est sympa, quand même !
C’est un hôpital ici.
 »
Nathalie fait bien de le rappeler. On aurait pu oublier la dimension
d’hospitalité contenue dans le mot hôpital.

« Carmen
travaille tout à l’heure. Tu vas lui en parler ? Elle s’en
est beaucoup occupée. Elle est même venue pendant ses repos pour
parler avec Séville. Elle disait qu’elle avait pris un rendez-vous
dans un centre médical, là-bas, pour lui. Non ?

[…)
Elle pourrait l’accompagner. En deux jours c’est fait.

[…] Elle
arrive à treize heures. Tu pourrais voir avec elle.
 »

Nathalie
a tranché. Il ne sert à rien de discuter. Le directeur est formel.
Il ne donnera pas un sou de plus. Elle est cadre, elle se plie à sa
volonté. Pas question d’en parler avec Carmen.

« C’est
pour ça qu’on a décidé de le faire demain matin. Elle ne sera
pas là, elle est d’après-midi. Ça sert à rien d’attendre et
de discuter. On a vu le patient avec le médecin, on lui a expliqué.

-Mais
vous ne parlez pas l’espagnol. Ni l’une ni l’autre
,
tente Laurent une ultime fois. Tu
crois qu’il a compris quelque chose
 ? »

Le
cadre hausse les épaules. Et sort.

Laurent,
l’ash, a essayé de retarder l’inéluctable. Comme ses collègues
infirmières et aides-soignantes. Un collectif en lutte contre
l’ignominie. C’est ce que raconte Carmen, installée à
l’avant-scène.

« L’homme
n’a pas un sou en poche, pas de famille en France, ne parle pas le
français, ne connaît pas la France. Il est arrivé chez nous par
hasard
[…]
au
bout d’une errance qui dure depuis trois ans qui l’a mené en
Hollande puis en Belgique.

[…] Longtemps
il n’a pas parlé, muré dans ses visions intérieures, et
extérieures, nous regardant de loin. Il attend qu’on le laisse
repartir. Lui écoute les ordres du peuple d’en haut, cosmique,
dans une langue qu’il invente et qu’il est le seul à entendre.
Il attend qu’on finisse de jouer avec lui. La pression monte du
côté de la direction. Elle trouve qu’il coûte un peu cher le
vagabond.
[…]
C’est
un dimanche, au mois de janvier, le médecin en charge de ce patient
demande à l’équipe infirmière d’ouvrir la porte, de lui
préparer un baluchon, un sandwich, quelques cachets et de le laisser
partir.
 L’homme
est toujours délirant, scotché aux étoiles, peut-être ne sait-il
pas dans quelle ville il est.
[…]
Les
infirmières sont stupéfaites, il fait moins dix le matin dehors,
l’hôpital est à trois quarts d’heure de la gare, à pied. Elles
refusent en commun d’ouvrir la porte. L’homme a un sursis qui va
lui permettre d’avoir un passeport, fourni par le consulat.

Il
faut quand même dire que lorsque nous sommes allés à la capitale,
l’assistante sociale, le vagabond espagnol et moi-même, pour
exposer la situation au consulat espagnol, trouver une solution, lui
faire des papiers, avant de partir le médecin et la responsable du
service nous signifièrent clairement de le « déposer »
devant la porte et que le consulat s’en occupe. J’étais du
voyage volontairement, pour empêcher que l’un de nous, soignant,
oui c’est le mot, ne soit emporté par l’injonction hiérarchique.
Pour éviter cet acte qui nous ferait honte.

Evidemment
nous sommes revenues avec lui, qui ne nous avait pas quittées d’un
centimètre dans les rues de Paris.
[…]
On
s’est pris un de ces savons ! Ils avaient même déjà donné
son lit à quelqu’un d’autre.
 »

Une
partie de l’équipe résiste à l’injonction mais ça ne va pas
de soi. « On
s’engueule entre équipes. Il y a ceux qui sont d’accord, les
porte-paroles de cette obsession de le foutre dehors. Il y a toujours
de petites mains pour faire la sale besogne.
 »

M.
Fuentes est donc sorti. On retrouve les mêmes soignantes lors de la
relève. Sigunga exprime sa colère :

« Mais
c’est dégueulasse. Ils ont fini par y arriver. On peut faire ça
nous ? Jeter quelqu’un dehors ?
 »

« On
a fait ça nous ?


Oui, on a fait ça.
 


J’ai
l’impression que nous l’avons abandonné.
 »

Carmen
a démissionné.

Ses
collègues reprennent ses critiques du système et les opposent au
cadre qui a perdu leur respect :

« Elle
dit que mettre des croix dans des cases ça rend idiot, parce qu’on
n’a plus besoin de parler et du coup ça nous rend idiot de ne pas
trouver les mots de ce qu’on a à dire. Que ce métier est riche de
ça, et que toute cette fausse nouveauté l’appauvrit, nous rend
serviles. Qu’on ne comprend plus rien aux choses quand on met des
croix dans des cases. Parce qu’on n’est plus au contact, des
choses et des gens. Et que c’est ça ce métier d’abord.
 »

Carmen
a démissionné. Madeleine Esther aussi. Elle a brassé tous les
éléments de son vécu hospitalier pour en faire une pièce de
théâtre, celle dont je vous ai lu quelques extraits. Madeleine
n’est pas Carmen même si elle lui ressemble par certains côtés.
Elle est tout autant Sigunga que Dorothée, M. Fuentes ou la cadre.L’histoire
de M. Fuentes constitue un fil rouge mais le quotidien hospitalier
n’est pas oublié. Nous nous sommes reconnus dans son évocation.

Une
pièce à jouer

La
lecture de la pièce a pris une heure et quart. Il faut préciser que
Madeleine, à la différence de Carmen, est aussi comédienne et
metteur en scène. Transposition ? Sublimation ? Chacun
tranchera après avoir vu ou lu la pièce. Il lui importait que cette
histoire ne reste pas dans les méandres de l’institution. Aussi
vite oubliée que M. Fuentes. Madeleine a joué tous les personnages
alternativement. Je me suis contenté d’en lire les didascalies.
Ainsi que je l’ai dit, en introduction, une partie d’entre nous
n’a pas supporté la démission de Carmen. Un débat assez nourri a
opposé les uns et les autres. Très vite, est apparue l’idée que
nous pourrions la représenter en février 2017 lors de la journée
que nous organisons une fois par an à Montperrin.

Anne-Laure,
l’éducatrice, a immédiatement souhaité jouer Mélissa
l’aide-soignante. Jacqueline, un cadre à la retraite, s’est
rapidement reconnue dans le personnage de Carmen. Olivier, le
cadre-supérieur, a tenu à incarner Laurent l’homme de ménage.
Claire joua le rôle de Dorothée, l’infirmière confrontée à
l’inceste. Le rôle le plus difficile à attribuer fut celui de
Nathalie, la cadre. Vannina, jeune cadre qui venait d’être nommée,
ne se reconnaissait pas dans cette administrative qui obéit aux
injonctions le petit doigt sur la couture du pantalon. Elle ne
voulait pas non plus qu’un non-cadre joue ce rôle par crainte de
la caricature. Elle a donc relevé le défi et apporté une certaine
complexité au personnage. En dehors d’Olivier, aucun d’entre
nous n’avait d’expérience du théâtre. Madeleine ne souhaitant
pas mettre en scène la pièce, il fallut donc trouver quelqu’un
pour la mise en espace et la direction d’acteur. J’assumais cette
position. Aidé lors d’une séance par Françoise Guiol, une
comédienne art-thérapeute.

Les
collègues ne voulaient pas une simple lecture mais souhaitaient
incarner ces personnages, leur donner corps. Il fallut donc répéter.
Collectivement. Comme nous habitons dans tous les coins de la région
PACA, Jacqueline habitant même à Sète, il fallut faire coïncider
les agendas de neuf personnes, ce qui fut tout sauf simple. Seule la
dernière répétition rassembla toute la troupe. Chacun eut ainsi à
jouer plusieurs rôles le temps d’une répétition. Cette
contrainte permit à chacun de connaître les différents
personnages, leur logique, ce qui les mettait en mouvement et
contribua finalement à enrichir le jeu. N’ayant pas de lieu de
réunion, en dehors de la formation continue à Montperrin,
inaccessible en journée, nous nous retrouvâmes chez les uns et les
autres pour répéter. Naquit ainsi une convivialité jusqu’ici
inconnue au sein de ce collectif clairement centré sur la clinique
et peu sur les relations interpersonnelles. Reçus par les collègues
chez eux, nous fîmes connaissance de leur cadre de vie, des
conjoints, des enfants, présents le soir ou le dimanche. La cohésion
du groupe en fut renforcée. Nous pûmes ainsi plus facilement porter
un regard critique sur les façons de jouer et nous caler les uns aux
autres selon les répliques que nous devions échanger. Nathalie
doit-elle regarder Laurent quand elle répond à ses objections ?
Quel langage corporel doit-elle adopter ? De quelle position
Carmen doit-elle proférer ses envolées lyriques ? Où placer
Dorothée et Carmen lors de la scène initiale ? Les comédiens
ont accepté de se faire objet du metteur en scène mais sans perdre
leur esprit critique. Ainsi Olivier répond-il à ma proposition de
tourner autour de Nathalie chaque fois qu’il lui oppose un
argument : « Je
le sens pas. Je ne peux pas lui tourner autour. Je trouve que ça
ralentit la scène. Je peux suivre le rythme du balayage comme si
c’était le balai qui me donnait à penser mais lui tourner autour,
non.
 »
Nous avons joué la scène des deux façons puis gardé la
proposition d’Olivier. Au-delà de la pièce, chacun a ainsi pu se
décaler de sa façon de jouer son rôle de soignant. Réfléchir
autrement sa façon d’être présent à l’autre.

L’amphithéâtre
où nous devions jouer la pièce n’étant disponible que la veille
de la représentation, nous dûmes improviser les décors et notre
déplacement à l’intérieur de ce décor. Tout comme les jeux de
lumière. Chacun ramena une blouse blanche, des dossiers et les
éléments du décor de son lieu de soin. Certains artifices de mise
en scène ne trouvèrent solution que ce soir-là. Ainsi Carmen
fit-elle sa dernière longue déclaration hors scène, en descendant
les marches de l’amphi en semblant s’adresser à chacun.

Nous
jouâmes donc la pièce le 3 février 2017 devant plus de 230
personnes et Madeleine Esther. Dire que nous fûmes au top serait
exagéré. Nous n’avions pu tester les micros, nous dûmes le faire
au cours de la représentation. Certains connaissaient par cœur leur
texte, d’autres non. Il fallut improviser jusqu’à la fin pour
gommer les quelques approximations. A l’arrivée ce fut un succès.
Les collègues qui commençaient habituellement à partir dès 15h30
pour rentrer chez eux, restèrent bien au-delà de 17 heures. Le
débat entre les comédiens et les spectateurs fut très riche.
Madeleine expliqua le contexte d’écriture de la pièce. Chacun se
sentit touché parce ce qui s’y racontait avait des prolongements
avec leur vécu de soignants. Les patients passent de plus en plus
souvent après les considérations économiques. L’hôpital
apparaît de moins en moins comme un lieu de soin. Ils donnèrent
quelques exemples. On peut dire qu’elle opéra comme une catharsis.
Madeleine nous expliqua qu’elle avait longuement hésité quant à
la pièce. Qui devait la jouer ? Des comédiens professionnels
ou des soignants ? Les deux possibilités furent envisagées. Elle
fit le constat que des soignants n’avaient pas besoin de jouer des
situations qui leur étaient familières. Bien sûr, n’étant pas
comédiens, ils pouvaient pécher ici ou là dans leur jeu, se
dépêcher d’expulser leur tirade sans regarder le collègue,
connaître des baisses d’intensité dans le rythme à impulser à
la pièce mais globalement ils jouaient juste parce que leur corps
savait comment se positionner, ce que des comédiens professionnels
n’auraient pu qu’ignorer.

Nous
n’avons jamais rejoué la pièce mais ne désespérons pas de le
faire. Des contacts sont pris, nous verrons.

Cette
mise en danger assumée, ce péril partagé renforça notre collectif
qui traversa quelques soubresauts en septembre. Le lien éprouvé à
cette occasion nous permit de faire face à une tentative de clivage
émanant d’un autre collectif qui nous était lié. Mais ça c’est
une autre histoire.

J’étais
en train de réfléchir à cette présentation quand ce mercredi, je
me rendis dans un des services où j’interviens comme superviseur
d’équipe. Les collègues me racontèrent une situation très
proche de celle de M. Fuentes. Wlad, un patient d’origine balte,
sans papier, après un traumatisme crânien qui le laisse aphasique
est diagnostiqué schizophrène par un urgentiste débordé. Il est
donc livré à la psychiatrie qui doit s’en occuper. Le problème
est qu’il ne souffre pas de trouble psychiatrique mais uniquement
de troubles neurologiques et des conséquences somatiques de
l’accident de la circulation qui l’a laissé à demi-mort sur la
route. L’équipe s’en occupe du mieux qu’elle peut. Grabataire
à son arrivée, il a recouvré la marche, il tient sa place dans la
vie de l’unité. Les soignants ont retrouvé trace de sa famille en
Estonie. Un contact a été rétabli mais aussitôt interrompu. Wlad
est considéré comme mort dans son pays. Sa femme s’est remariée
et a eu deux enfants de ce deuxième mariage. La situation devient
insoluble. Cela fait cinq ans qu’il est hospitalisé. Son état
somatique se dégrade de plus en plus malgré une volonté de fer. Il
doit être régulièrement hospitalisé à l’hôpital général
pour différentes opérations. Il court un sérieux risque de
tétraplégie. Les équipes de M.C.O. tendent à le délaisser. C’est
un « psy » n’est-ce pas ? Il rentre parfois sans
avoir eu sa consultation. L’équipe est inquiète. L’hôpital où
ils exercent subit une énième restructuration. Du médecin aux ASH,
en passant par la psychologue, le cadre, les infirmières et les
aides-soignantes, tous craignent de ne plus pouvoir être
suffisamment nombreux pour continuer à proposer les soins de nursing
que l’état de Wlad exige. Ils aimeraient qu’un service de soins
somatiques prenne le relais. Ils ne peuvent quand même pas
l’abandonner à la porte d’un service d’urgence ou dans la
forêt. Que faire ? Je leur ai raconté l’histoire de M.
Fuentes.

Pour
conclure

Pas
de happy-end, ni de miracle. Nos lendemains ne chantent pas. Juste la
grise et froide réalité des normes qui broient ce que nous avons de
meilleur en nous. Et notre capacité à résister collectivement.

« Je
m’appelle Carmen Torrès.
[…]
Cet
après-midi j’ai donné ma démission.

Il
le fallait.

[…] J’avais
l’impression de devenir complice d’actes que je réprouvais en
moi-même. Je perdais l’estime envers mes collègues, la confiance
envers les médecins. Je ne savais plus de quoi était fait ce
métier. Soigner la folie, c’est complexe. Dans cette affaire, il
faut de la délicatesse, de la patience, laisser le temps agir. Y
revenir. Etre précis dans les actions et les discours. On ne peut
pas être seul pour faire ça, il faut toute une équipe et aussi une
pensée de ce qui se fait.
 »

Dominique
Friard, I.S.P., Superviseur d’équipes.

1
ESTHER (M), J’ai
retrouvé mon grand-père dans un hôpital psychiatrique
,
Editions Digobar, Paris, 2016.

 Le coup de la panne 

Cubells Julie, infirmière, centre hospitalier de Montfavet.

Nous
sommes sur l’autoroute, dans un mini bus de l’hôpital, il fait
chaud, c’est l’été. Nous revenons de la sortie thérapeutique
la plus importante de l’année, soit 4 patientes pour 5 soignants,
un mois d’Aout…c’est un exploit ! De plus, cette sortie
sort du rang, il s’agit d’une sortie dans un parc d’attraction,
rien de culturel ! Juste de quoi s’amuser, bon… On avait
aussi quelques arguments cliniques pour la justifier. Mais surtout,
c’était de faire quelque chose de différent avec les patientes,
de se faire plaisir, certains diront un retour en enfance, de tester
de nouvelles sensations, de se mettre en mouvement….Et puis, pour
une fois que l’on peut sortir hors des murs….

Dans
le camion sur le chemin du retour, on discute de la journée, de la
bataille d’eau improvisée, du fait que j’ai peur du vide mais
que Marie m’a permis de surpasser un peu cette peur. Marie c’est
la patiente qui a souvent besoin de réassurance dans le pavillon, et
c’est elle qui me rassure, à 10m du sol dans un drôle d’ascenseur
à ciel ouvert, qui me dit : «  tout va bien se passer ».
Nous papotons … Puis il y ce bruit répétitif, les tremblements,
nos regards qui se croisent et notre « Il faut qu’on
s’arrête ! », ce que nous faisons… sur le bord de
l’autoroute ! Il est 17h30.

Je
descends pour évaluer les dégâts, le pneu est littéralement
déchiqueté, forcément à 130 km/h ça ne pardonne pas. J’informe
mes collègues et les patientes par la même occasion. Nous roulons
quelques mètres jusqu’à une « aire de secours », pour
changer la roue ! Mais c’est là, que tout se complique !!!
Nous avons une bombe anti crevaison, une roue de secours, de l’eau,
du chocolat, des biscuits, des clopes, dans
un mini bus de l’hôpital, avec 4 patientes et cinq soignants …
On pourrait se dire « no problem »? Sauf que les 4
patientes sont en soins à la demande d’un représentant de l’état,
que l’ordre de mission est valable jusqu’à 18h, que deux de mes
collègues travaillent de matin le lendemain, que la dernière prise
de traitement était à midi, qu’il n’y a pas de cric pour
changer la roue et qu’il n’y a pas de numéro d’assistance
dépannage sur le camion.

OUPS!!!
Oui, nous aussi nous avons souri de la situation quand nous avons
prévenu nos collègues dans l’unité… un peu moins quand nous
avons eu à faire au cadre de garde… Qui devait nous rappeler…
Bon finalement, nous avons utilisé la borne orange. Pour info, la
durée de vie au bord de l’autoroute est de 15 à 20 minutes pour
un piéton. Alors, nous n’étions pas vraiment piétons, mais je
dois dire que l’idée qu’une patiente puisse s’agiter et partir
sur l’autoroute m’a rapidement traversé l’esprit.

Heureusement,
nos 9 corps sont restés assis derrière la rambarde de sécurité.
Casquette sur la tête pour les patientes, eau, chocolat, clopes en
illimité, blague sur cette fin de journée quelques peu mouvementée
et des sourires parfois crispés parce que je sais que si ça
dégénère, ce sera catastrophique. Inutile de le dire à mes
collègues nos regards en disent long… 45 minutes plus tard…
arrive le dépanneur qui lui a un cric, il change la roue puis il
nous demande de régler la facture ou bien de lui donner un numéro
de dossier pour prendre en charge le dépannage. Et bien sûr, nous
n’avons aucun des deux… Alors, énième tour de manège de la
journée, mais cette fois sur la dépanneuse. Car faute de paiement
le dépanneur nous accompagne jusqu’ à son garage en attendant que
quelqu‘un veuille bien nous donner un numéro d‘assistance…

Très
Honnêtement, je suis en colère et angoissée par l’idée que si
je m’énerve franchement, cela va forcément se répercuter sur
les patientes. D’ailleurs, elles n’ont pas l’air stressé,
elles sourient de la situation.

Ironie
du sort, j’ai travaillé dans un atelier de carrosserie, dans une
autre vie. Je fais appel à mon réseau personnel pour trouver le
numéro de l’assistance. J’apprends que l’hôpital a une
assistance médiatique alors je me permets un peu d’humour noir
avec mon interlocuteur… du genre « restez en ligne si une
patiente traverse l’autoroute on risque d’avoir besoin de
vous!!! »

Puis
finalement, après une heure de coups de téléphone intensifs, nous
avons fait le numéro de mondial assistance, qui avec le numéro
d’immatriculation du mini bus, nous a confirmé qu’il était
notre « assisteur ». Grace à une rapide explication de
la situation et un échange avec le dépanneur, nous avons pu
repartir et raccompagner les patientes dans l’unité.

Il
est alors 20h30, nous installons les 4 patientes pour le repas avec
les collègues d’après-midi en poste dans l’unité. Et elles
sourient, elles nous remercient, nous disant que c’était une super
journée, qu’elles ne changeraient rien et que « heureusement
que nous étions là ».

Alors
bien sûr, dans cette histoire il y a aussi l’inquiétude des
collègues dans l’unité. Le fait qu’eux aussi ils se démènent
pour nous aider, jusqu’à appeler le directeur d’astreinte pour
que quelqu’un nous viennent en aide. Parce que les solutions
apportées étaient complètement inadaptées. On nous a proposé
qu’une ambulance viennent nous chercher mais en Véhicule Léger
soit 4 places.

Alors
petit calcul : deux soignants pour une patiente, soit 4
allers-retours. Mais franchement, ça personne n’y a pensé. Parce
que finalement, on l’a eu notre numéro d’assistance.

Avant
de rentrer chez nous, on a eu besoin de déposer ça, dans les murs,
de ne pas le ramener chez nous… Avec ma collègue on s’arrête
pour discuter avec le cadre de permanence, pour débriefer… Et il
se trouve, que lui aussi à des choses à nous dire… Il fallait
attendre, lui laisser le temps de trouver le numéro et puis il y
avait d’autres choses à gérer (une autre panne, décidément …)
et l’arrivée d’un détenu sur l’hôpital… on finit par lui
dire que les minutes assis derrière son bureau ne sont pas
comparables à celles passées au bord de l’autoroute et que l’on
voit bien que notre présence l’exaspère. Il finira par nous dire
que l’on parlera de ça demain avec notre cadre, qu’il a fait ce
qu’il fallait ! Fin de la discussion… Deuxième fois de la
journée que je me retrouve assise par terre, cette fois sur le
trottoir devant le bureau de la PCI avec ma collègue, une clope au
bec (je commence à comprendre pourquoi les patientes fument
autant…), anesthésiée, fatiguée, brulée par le soleil… A nous
dire, que nous ne sommes que des matricules que l’on considère
comme de la merde… Mais petite satisfaction, nous avons géré la
situation et les patientes vont bien !

Les
patientes d’ailleurs…elles parfois si bruyantes, agitées,
éclatées, délirantes, c’est elles qui nous disaient: ça va
aller, vous voulez boire? Fumez une clope ça va vous détendre…elles
assises derrière la barrière, qui sourient de la situation, non
sans une certaine inquiétude. Mais, pas sûr que l’inquiétude que
nous avons perçue soit la leur. Elles ont gardé, toutes, un
excellent souvenir de cette journée, de nos péripéties, aucune
angoisse, le lendemain elles en rigolent avec nous, nous sommes unis
par le fait d’avoir vécu cette aventure.

Mais
il y a tout de même quelque chose d’inacceptable, du moins du
point de vue des soignants ! Faire une fiche d’événement
indésirable ? Pourquoi ? Quand nous avons voulu dire, nous
avons eu le sentiment de perdre notre temps, de ne pas être entendu?
Alors quoi en dire ? Crier, chercher des fautifs, des
responsables à la situation… la tentation est forte.

Michela
Marzano écrit: « l’homme
aussi crie. Non seulement lorsqu’il naît et qu’il marque son
apparition hors du corps de la mère par un cri dont il n’a pas
conscience; non seulement lorsqu’il est un bébé et qu’il hurle
pour exprimer ses besoins et ses désirs, ses plaisirs et ses
détresses; mais aussi à chaque fois que la parole lui fait défaut,
que les émotions le dépassent, que le langage lui montre ses
failles et ses limites. On peut crier pour appeler quelqu’un au
secours. On peut hurler de joie ou de douleur. On peut crier comme un
fou ou comme un damné. On peut crier parcequ’on à tort et qu’on
veut couvrir la voix des autres. Mais on peut aussi crier parcequ’on
n’est pas écouté et qu’on n’a pas d’autres moyens pour
manifester son désespoir et pour se faire entendre; on peut crier
après quelqu’un; on peut crier à l’oppression, au scandale; à
l’injustice.
»1

Un
de mes collègues, a propos de mon intervention m’a dit :
« Par quel bout souhaites-tu prendre cette situation ? Dire que
certains cadres sont des incompétents, que tout le monde le sait et
que personne ne fait rien ? Non, non, non, pas de raccourci.
Cette remarque a eu le mérite de me remettre en mouvement. Au lieu
de rester bloquée sur ce qui n’a pas était fait, plutôt se poser
la question de savoir qu’est ce qui a fait que la situation
n’a pas dégénéré ? Ce ne sont pas les murs, cette fois,
qui ont été contenants (expression que j’entends souvent dans mon
unité), c’est nous l’équipe. Pendant, que certains gèrent les
coups de téléphone, d’autres collègues sont auprès des
patientes, ils expliquent, rassurent, donnent du sens à ce qui se
passe, ils sont attentifs, ils observent… Nous faisons corps,
tous …

De
plus, « C’est
dans et par son corps qu’on s’inscrit dans le monde et qu’on
rencontre autrui
. »2
dit
Michela Marzano.

Ce
jour-là, ce fut une deuxième rencontre avec les patientes, parce
que finalement nous les voyons rarement en dehors des murs de
l’unité. Accompagner vers l’extérieur ce n’est pas la
priorité au quotidien. On travaille l’auto ou l’hétéro
agressivité, les troubles du comportement, on accueille des
patientes extrêmement délirantes et résistantes aux traitements,
on nous considère souvent comme le dernier recours… et oui,
bienvenue aux UMD. Mais ce jour-là, la violence ne venait pas des
patientes. A quel moment l’institution se met à fonctionner en
miroir avec les patients ? Eclatés, morcelés, persécutés,
avec des idées mégalo ? Ce jour-là, c’est Marie qui
rassure, c’est Iris qui d’habitude se croit issue d’une riche
famille qui se demande comment on va faire pour rentrer à l’hôpital,
C’est Elizabeth souvent dans la démonstration dans l’unité qui
reste discrète et c’est Sabine qui n’est pas sortie de hôpital
depuis 10ans, orientée dans notre unité suite à une recrudescence
d’hétéro-agressivité après la fausse couche de ses jumeaux qui
sourit.

Alors,
plusieurs options, se dire que cette histoire n’est qu’une suite
de malencontreux événements, se dire qu’en effet au lieu de
pondre un protocole sur le lavage des mains on auraient pu faire un
protocole sur quoi faire et qui appeler en cas de panne ou de
problème avec un véhicule de l’hôpital. Se dire qu’en effet, à
tous les niveaux institutionnel nous sommes parfois soumis à des
ordres contradictoires et que écrire, laisser une trace de
l’histoire, un petit aperçu de ce qui s’est passé, l’écrit
du cri du corps, permet parfois d’en tirer quelques expériences.
Notamment vérifier qu’il y a un cric quand on part avec un
véhicule de mutualisation. Mais se dire aussi que c’est souvent
dans l’imprévu que l’être humain fait appel à des ressources
insoupçonnées ou oubliées et qu’il y a toujours quelque chose à
apprendre et bien souvent à partager !

Alors,
à tous les patients, patientes, infirmiers, les ide, les isp, les
nouvelles promos ou les anciennes, à tous les paramédicaux psychos,
educ, assistante sociale, ergothérapeute, art thérapeute, à tous
les somat, psychiatres, internes, a tous les cadres, cadres sup, aux
secrétaires, aux ash, aux directeurs, aux administratifs,
psychomotriciens… A nous qui faisons partie du corps de
l’institution. Bienvenue à SERPSY…et à vos stylos !!!

1
MARZANO
(M), La
philosophie du corps,
PUF,
Que sais-je ?, chapitre 3.

2
Ibid., p. 2

Conclusion de la journée

Anne
Baqué

Je
remercie tous les intervenants qui ont permis de faire vivre cette
journée très riche en échanges et en questionnements quant à la
façon dont le corps entre en jeu dans la relation soignante.

Un
petit mot sur la pièce tout d’abord. Elle fait état d’un
profond malaise dans le fonctionnement de l’équipe, m’évoquant
un corps figé, contraint, sans pensée, appliquant les ordres comme
celui de M. Fuentes, ce patient psychotique, cet étranger, ce
voyageur aux allures christiques dont le vécu reste sourd. On
pourrait ainsi considérer que ce qui est vécu par ce patient et qui
ne peut être pensé, vient à se rejouer au sein de l’équipe.

En
effet, chaque personnage semble isolé, parle sans se sentir écouté,
comme dans un fonctionnement clivé. Les relations entre soignants,
cadre et médecin s’établissent dans un rapport de force et
d’agressivité, tout comme la relation entre le corps du patient et
l’institution.

Dès
son arrivée, ce corps apparait dans une immobilité forcée, dans un
rapport de soumission. Contraint d’entrer dans l’institution, il
est ensuite contraint d’en sortir, comme vomi par elle, vécu comme
un parasite dont on chercherait à se débarrasser.

Cette
violence perçue, faite au corps du patient, est-elle une répétition
de la façon dont il s’est senti accueilli dans ce monde ? Mis
de force à l’intérieur d’un corps maternel puis éjecté de ce
corps comme un déchet, un parasite ? L’institution
joue-t-elle ici le rôle d’une toute puissance maternelle? La pièce
vient mettre en scène un vécu de l’ordre de l’insupportable.

Le
vécu du patient entre par ailleurs en résonnance avec celui de
Carmen, où plutôt avec les traces qui lui ont été transmises du
vécu de persécution de son grand père. Il s’agit d’une trace
corporelle où face à l’insupportable, l’engagement du corps
s’inscrit dans une révolte et un exil : le déplacement du
corps hors de sa patrie. Par ce rapprochement d’expérience entre
Carmen et M. Fuentes, le voyage de ce dernier n’apparait pas tant
pathologique que, dans la ligne de l’approche phénoménologique de
J.M. Henry, comme un mouvement vital, une tentative thérapeutique de
trouver une issue, une émancipation face à un mode de
fonctionnement où l’être est réduit à un corps soumis,
exécutant des ordres.

Tout
l’intérêt d’écrire, de mettre en scène et de faire jouer
cette pièce par des soignants, est de pouvoir retrouver un jeu, une
circulation entre les différentes positions prises par les membres
de l’équipe, de s’en approcher, d’explorer tour à tour les
positions de celui qui ordonne, celui qui se tait, qui rationalise,
se cache, se révolte, afin de faire se parler les différentes
parties de soi jusqu’alors isolées les unes des autres. Faire de
ce qui est vécu comme insupportable une œuvre, une création, c’est
aussi relancer et maintenir notre capacité à rester soignants.

On
pourrait aussi rêver d’autres fins à ce scénario compte tenu de
tout ce qui a été apporté durant cette journée. Imaginons que ce
patient aurait pu venir exprimer son vécu au sein d’une médiation
corporelle, comme la psychomotricité, la relaxation, la danse ou la
peinture, où il aurait pu se déplacer, se mouvoir, d’un espace à
l’autre en dehors d’un rapport contraint, et ainsi peut être
réécrire l’histoire autrement.

Le
soin auprès de patients psychotiques met l’accent sur l’importance
d’une clinique qui s’enracine dans le vécu corporel, car au-delà
du langage verbal, il y a surtout ce qui ne peut se dire avec des
mots, ce qui est vécu par le corps du patient et ce que cela nous
fait vivre, comme souvent, un mouvement intérieur qui s’arrête ou
se désorganise, une pensée qui se fige ou qui perd le fil.

Les
ateliers d’ergothérapie, de psychomotricité, et d’art thérapie,
comme la peinture et la danse qui ont été présentés aujourd’hui,
partent justement des ressentis intérieurs et de leur mise en
mouvement. On peut dire alors « Au
commencement était le geste
 »,
qui est un cri du corps, une expression de soi aux autres qui attend
d’être reçue, soutenue par un regard, une présence. Le mouvement
peut alors se répéter, se prolonger, se déplier et construire une
forme, laisser une trace d’une « empreinte effacée »
(V. Defiolles).

Ces
différentes interventions font ressortir à mon sens quatre points
essentiels dans la relation thérapeutique.

1
Le travail sur le schéma corporel et l’image du corps

2
La recherche sur la justesse et l’authenticité des ressentis et
des mouvements

3
L’importance de la proximité des corps

4
L’engagement et l’accordage soignant-soigné

Je
les reprends donc ici.

1.
L’image
du corps

dans la psychose prend différentes formes : se vider, se
morceler, tomber sans fin, se sentir intrusé, violé, piqué,
transpercé, ne plus habiter son corps, se sentir jeté hors de lui,
avoir un corps tout puissant ou au contraire, pourri. Toutes ces
formules sont déjà des représentations qui font référence à une
limite corporelle poreuse, instable, floue, effractée qui se vit
comme une confusion entre ce qui vient de l’intérieur et de
l’extérieur. C’est comme si une coupure entre soi et l’autre
ne pouvait s’inscrire, une coupure qui permettrait de nous mettre
en rapport, d’éviter la confusion.

Si
les concepts d’image du corps et de schéma corporel ne se
recouvrent pas, ils ne vont pas sans interagir. L’image du corps se
construit avec le vécu et les expériences du sujet. Elle est donc
en perpétuel remaniement avec un travail sur le schéma corporel,
sur notre proprioception, c’est-à-dire notre capacité à
percevoir notre corps dans l’espace.

Les
médiations corporelles exercent notre capacité à nous sentir
habiter notre corps comme un lieu à être.

Il
est intéressant d’entendre les patients en parler eux-mêmes dans
l’intervention de Sabrina Bouttier. Ils utilisent des termes fondés
sur le registre des sensations (sentir, être), où le rapport au
temps est celui du présent : « J’étais
fatiguée, maintenant je suis en forme 
»,
dit l’une des patientes ; cela témoigne qu’une présence à
soi et au monde se construit et trouve une forme dans l’ici et
maintenant.

2.
Le second point que je souligne est l’importance de la
justesse et de l’authenticité
.

Ces
ateliers proposent de laisser venir le mouvement, de se laisser
surprendre par lui, « de
danser ce qui nous traverse
 »,
disait Shanti Rouvier,  et « de
laisser advenir un mouvement qui laisse une trace sur un tableau
 »
dans la performance de Virginie Giraud et Valérie Leroux.

On
ne cherche pas à faire beau, mais à suivre ce que l’on ressent
comme juste. On cherche à relier nos émotions à nos gestes et
postures. Le beau nait de cette authenticité et non de la recherche
du beau en tant qu’objet.

Cette
idée est fondamentale à mon sens ; c’est une invitation à
la justesse, à l’authenticité du vécu. C’est précisément ce
qui vient nous toucher dans toute création artistique comme dans la
relation thérapeutique, où tout jugement de bien ou mal, de normal
ou de pathologique, s’écarte face à une forme de vérité de
l’être. L’enchaînement des mouvements et postures du corps
comme lieu de nos traces inconscientes peut alors venir se raconter,
se déplier et transformer un vécu corporel. La création d’une
œuvre, en effet, n’est pas seulement un retour au même, une
expression de soi, mais aussi une quête à être qui n’est pas là
d’avance, qui vient se construire dans la rencontre avec le
thérapeute, avec le groupe.

Si
au commencement est le dire des corps, les mots peuvent venir ensuite
selon la temporalité et la personnalité de chacun. Ces discours,
alors enracinés dans le corporel, facilitent un travail de cohérence
entre le vécu et la pensée.

Ce
qui est le plus souvent attendu en thérapie, ce n’est pas la
résolution magique des problématiques ou de venir expliquer ou
interpréter la souffrance, c’est avant tout à mon sens que
l’expression de soi à un autre puisse être perçue, reçue,
reconnue, que ce langage adressé à un autre est une demande
d’amour, comme disait Lacan, qui n’est autre qu’une demande de
reconnaissance de notre être.

Pour
cela, il s’agit de se tenir debout face à l’autre avec
l’intention de rendre intelligible le dire des corps, d’en saisir
ensemble le vécu et le sens émotionnel.

C’est
ce dont témoigne Leila dans son parcours de danse : « 
où les mots sont impuissants, c’est comme une reconnexion qui
s’est produite pendant ces moments où j’acceptais de me montrer
souffrante de l’état d’être.
 »

C’est
aussi ce que propose l’approche phénoménologique qui nous permet
d’essayer de comprendre l’autre en rapprochant nos expériences
sensibles.

L’exemple
est pris du voyage dit « pathologique » dans la
schizophrénie à partir de ce qui s’engage dans tout voyage, à
savoir l’expérience d’un déplacement du corps dans un autre
environnement et celle d’un décentrement subjectif. Le voyage
s’organise comme une rupture avec une quotidienneté où se
dessinent de façon singulière ce à quoi on tente d’échapper, ce
que l’on recherche, ce que l’on tente de découvrir et qui n’est
pas encore là. Le questionnement identitaire est central et exploré
par des vécus à la fois de liberté et de limites. La typologie des
voyageurs schizophrènes montre qu’il s’agit d’un mouvement
vers une issue, une tentative d’émancipation, une volonté de se
soustraire à ce qui est vécu comme aliénant et de venir éprouver
dans les rencontres les frontières de ce que nous sommes.

3.
Ce qui m’amène à ce troisième point qui relie les différentes
interventions : la
proximité
.
La mise en présence des corps est ici une dimension essentielle. Les
médiations corporelles réduisent la distance entre les corps, et
l’on n’a pas peur de s’approcher, de faire fonction de ce que
Freud appelait « être
humain proche
 ».
C’est en effet au contact de l’être humain proche que l’être
humain apprend à se reconnaitre. La construction de notre première
peau, de nos limites corporelles se construit au contact physique de
notre corps avec celui d’un autre, en capacité d’être présent
à nous dans l’ici et maintenant.

Dans
un monde où nos merveilleux outils de communication éloignent
toujours plus les corps les uns des autres et érodent sans doute nos
capacités à nous rendre présents et proches dans l’ici et
maintenant, les approches corporelles permettent de trouver, de
retrouver, de se rapprocher de ce qu’il y a d’humain dans la
relation à l’autre.

4.
Le dernier point que je souhaitais souligner, c’est le travail
d’engagement
et

d’accordage
entre patients et soignants
.

Ce
qui est perçu comme intérieur ou extérieur à soi dépend de la
façon dont on perçoit l’écho, la réponse à un cri. En d’autres
termes, on ne peut s’approprier ce cri que si celui-ci est reçu,
produit un effet chez l’autre et lui est renvoyé sous une forme
métabolisée, qui vient faire trace, une « empreinte
contenante
 »
(selon l’expression de Véronique Defiolles).

Les
êtres sont là, et la question du comment on s’articule les uns
aux autres est bien la plus essentielle dans nos pratiques cliniques.
L’attention se porte non sur un résultat mais sur la façon dont
la forme prend forme. Cela fonctionne un peu comme le « Squiggle »
de Winnicott, c’est-à-dire que l’un amorce un geste, une trace
et l’autre la poursuit et ainsi de suite. C’est un récit qui
donne une forme à la rencontre. Ces co-créations, qu’elles soient
graphiques, dansées, sculptées, parlées, sont une écriture, une
transformation, une façon de passer du cri à l’écrit qui fait
appel à la singularité de chaque rencontre.

« C’est
de l’échange que peut surgir l’inspiration, comme la nécessité
humaine d’apprendre l’un de l’autre
 »,
disait Salomon Resnik en 2001 dans La
relation de compréhension dans la psychose.

C’est
ici que se pose en effet la question de l’engagement du corps du
soignant dans le processus. Que faisons-nous de notre corps face à
celui du patient ?

Ce
positionnement est tout à fait singulier : il est le reflet de
notre façon d’être, de notre parcours, de nos formations, de
notre cadre de référence, de nos expériences, de nos richesses et
de nos points de fragilité. Ce qui nous touche chez l’autre est
une résonnance de notre propre vécu. Etre en capacité de
l’identifier nous ramène aux chemins qui nous ont permis de le
traverser et d’en transmettre alors non pas une solution, mais une
façon de se positionner pour laisser le patient être en capacité
de créer, avec nous, son propre chemin, car comme disait Parménide,
« unique
pourtant reste le dire du chemin qui mène là-bas, devant qu’il
est
 ».

Conclusion

Voici
une journée qui vient redonner de l’élan ! Le soin en
psychiatrie s’ouvre sur le domaine de l’art, sur les
potentialités créatives de chaque être lorsqu’il se met à
l’écoute de ses ressentis, de ses émotions, lorsqu’il se laisse
surprendre par ses mouvements et postures. L’art est une pratique,
celle de tout soignant-artisan, qui à partir des dysfonctionnements
du quotidien sait se laisser surprendre, rire, imaginer, inventer,
créer avec les patients des aventures qui articulent nos désirs.
C’est ainsi que je perçois le récit du « coup de la panne »
de Julie Cubells, qui met en avant l’importance de la créativité
soignante.

La
panne symbolise pour moi une coupure, une limite qui vient mettre en
rapport les singularités des patients et des soignants. Cet
évènement, qui surprend et déclenche le rire, permet la rencontre,
la co-construction d’un récit où chacun est avant tout sujet avant
d’être soigné ou soignant.

C’est
bien souvent dans la surprise, l’adversité, que l’authenticité
de nos désirs vient à se vivre, en marge des sentiers battus et des
protocoles.

Le
rire ensemble, avec l’autre, est souvent présent au sein de nos
pratiques, mais il n’est peut-être pas pris au sérieux quant à
sa puissance thérapeutique. Ce cri si singulier, si humain, si
violent aussi selon Bergson, et aussi sacré (« J’ai
canonisé le rire
 »,
écrivait Nietzsche dans la Naissance de la Tragédie), peut-il venir
faire trace d’une coupure entre soi et l’autre qui rend possible,
un peu comme par magie, une articulation de nos façons d’être au
monde ?

Je
vous propose pour l’année qui vient d’apporter nos témoignages
et réflexions sur la
fonction thérapeutique de la surprise et du rire
,
d’observer et d’être à l’écoute de nos ressources et de
notre potentiel thérapeutique dans la relation soignante.

Je
remercie encore tous les intervenants pour la qualité de leur
travail et tous ceux qui ont participé à l’organisation de cette
septième journée Serpsy Paca. Enfin, je vous remercie tous pour
votre présence et vos échanges qui nourrissent notre engagement
dans le soin en psychiatrie.

Très
bonne soirée à toutes et tous, et à l’année prochaine sous le
signe du rire et de la surprise !

Film et débats

En collaboration avec l’association Serpsy (Soins études et recherche en psychiatrie), la séance du mardi 11 septembre à 20h00 sera suivie d’une discussion avec Stéphanie Brahim, Madeleine Jimena Friard, Dominique Friard, tous trois infirmiers psychiatriques.

DE CHAQUE INSTANT

Écrit et réalisé par Nicolas PHILIBERT – documentaire France 2018 1h45 –

Du 29/07/18 au 25/09/18

 

 

http://www.cinemas-utopia.org/avignon/index.php?id=4254&mode=film

Les journées folles

27 et 28 septembre 2018

Un festival de talents et de rencontres ! Le concept ? L’art et la culture comme facteurs de liens sociaux et outils privilégiés de lutte contre l’exclusion. Des personnes qui ont traversé des moments difficiles croisent des artistes. Pour sa 4édition, le festival les Journées Folles nous propose des artistes d’horizons différents, avec, entre autres, la musique de Radio Babel Marseille, de Laurent Cervera et Samuel Taïeb, la danse de Justin et Florent et du trio « Un peu plus de 3 » et le théâtre des Insensés et de l’atelier de Mars.

Le jeudi de 9h à 17h Danse & théâtre
Le vendredi à partir de 14h Débat/table ronde autour du rêve et de l’amour & musique jusqu’à 21h.

Réservations conseillées > 07 67 25 12 46 04 96 13 04 70 • Mail : loublaifestival@gmail.com

 

https://www.toursky.fr/evenement/les-journees-folles/

 

 

 

Pratiques de la consultation psychanalytique – Colloque 22 septembre

1er Colloque du Pôle Psychanalytique en partenariat avec la Société Psychanalytique de Paris

Qu’est-ce qu’une consultation psychanalytique ? Permettre à un patient de rencontrer dès le début certains de ses processus psychiques inconscients et décider avec lui de transformer ou non cette rencontre en un des traitements psychanalytiques possibles ? Mais alors beaucoup de questions !
Peut-on en effet parler de « consultation psychanalytique » au singulier ? Existe-il une assise commune à la diversité des références théorico-pratiques progressivement élaborées depuis plus de 50 ans dans des cadres de traitements et avec des patients différents ?
Si la rencontre avec l’inconscient semble féconde et si la personne du psychanalyste qui l’a permise n’est pas celle avec laquelle s’engagera le traitement à venir, que devient le transfert ? En d’autres termes comment concilier les notions de consultation psychanalytique et d’entretien préliminaire ?

Quatre centres de références désormais associés au sein du Pôle Psychanalytique de l’ASM13, le Centre Alfred Binet, le Centre Kestemberg, l’Institut de psychosomatique, le Centre de Consultations et de Traitements Psychanalytiques Jean Favreau, ont accepté de confronter sur ce thème de la Consultation psychanalytique, leurs options respectives au cours de deux demi-journées d’échanges.

à lire sur :

http://www.asm13.org/les-consultations-du-pole-psychanalytique

 

«20e Journée de psychopathologie du nourrisson : La psychanalyse et le bébé aujourd’hui »

LA PSYCHANALYSE ET LE BÉBÉ AUJOURD’HUI

20e Journée de psychopathologie du nourrisson organisée par l’Association de Santé Mentale du 13e arrondissement (ASM 13) 

http://www.asm13.org/20e-Journee-de-psychopathologie-du-nourrisson

Lien Inscription 

Rens. :- Mme Favier, tél : 01 40 77 43 18, ingrid.favier@asm13.org

– Mme Di Carlo, tél. : 01 40 77 43 17, sophie.dicarlo@asm13.org

http://www.asm13.org/IMG/pdf/bi_-_colloque_la_psychanalyse_et_le_bebe_aujourd_hui_psy13.pdf

 

 

Rencontre des Hôpitaux de Jour pour Adultes

 

Jeudi 12 Avril 2018 aura lieu la première « Rencontre des Hôpitaux de Jour pour Adultes ».

Nous échangerons sur la diversité de nos pratiques cliniques en psychiatrie, dans des espaces thérapeutiques d’accueil à temps partiel.

Nous avons, pour cette journée, réuni plusieurs types de structures de soins associatives parisiennes, que sont l’ASM13, l’Élan Retrouvé, la SPASM et l’ESMPI-MGEN.

Chacune de ces institutions viendra raconter son quotidien auprès de patients nécessitant de longs et difficiles accompagnements.

Cette rencontre sera aussi l’occasion de questionner notre autonomie, notre liberté de demeurer créatifs, avec nos outils psychiatriques et psychanalytiques, ceux de la psychothérapie institutionnelle, et leur pertinence actuelle au regard des exigences de l’ARS et de la réorganisation des soins.

http://www.asm13.org/rencontre-des-hopitaux-de-jour-adultes

 

 

 

 

La méningite des poireaux

http://lameningitedespoireaux.blogspot.fr/p/calendrier.html

La Méningite des poireaux nous embarque en mots et en musique dans le tourbillon de la vie sanchopanchesque du Dr Tosquelles. Le révolutionnaire de la psychiatrie, le pourfendeur des idées reçues, l’ouvreur d’esprits et de paupières. La Méningite est de ces (rares) spectacles qui nous transforment, pour de bon, immédiatement. C’est quoi la folie ? C’est quoi être fou ? Folle ? Peut-être rien d’autre que la vie finalement.

Avec La Méningite des poireaux, Frédéric Naud boucle sa seconde. Trois spectacles pour interroger les normes mentales, regarder avec des yeux neufs celles ou ceux que nous considérons comme « fous » ou « folles », celles  et ceux qui ne rentrent pas dans les cases et finalement faire éclater nos préjugés dans un grand éclat de rire ou d’étonnement. Le pari de Frédéric Naud était risqué, d’aucun disait, totalement fou. Le résultat est un miracle de théâtre et d’intelligence collective. Toutes les belles idées sont des idées folles !